Samedi 29 mars 2008

 

Dans l'avion qui nous menait au Myanmar, nous avons commence a la lecture du guide a nous faire une idee plus precise de ce qui nous attendait, meme si nous avions connaissance de la situation politique et de l'appel fait aux touristes a boycotter le pays.

Le pays est gouverne depuis 1962 par une junte militaire qui refuse de ceder le pouvoir a la Ligue Nationale pour la Democratie malgre sa large victoire aux elections organisees en 1990 face a la pression internationale. En 1996, le pouvoir aurait fait appel au travail force pour la construction d'infrastructures en vue de developper le tourisme. La junte gere des hotels gouvernementaux dont la manne financiere lui revient directement. Le pouvoir surveille et controle les medias et les telecommunications, interdisant l'utilisation de certaines messageries mail. Du fait de  cette situation, les compagnies et banques internationales ont delaisse le pays. Le tourisme est reduit a sa plus simple expression.

Les evenements dramatiques qui secouerent le pays en septembre 2007, d'ailleurs largement mediatises en europe, ne font que confirmer les tensions politiques qui regnent dans ce pays. Le pouvoir avait a cette date reprime par la force, dans le feu et le sang, le mouvement de protestation lance par les moines bouddhistes. Un journaliste japonais y avait perdu la vie, abattu en exercant son metier.

Lors de notre sejour, nous avons ressenti comme une privation de liberte qui s'est manifestee par la difficulte voire l'impossibilite de faire ce que l'on voulait quand on voulait. Les situations ci-apres en sont les illustrations les plus flagrantes. De plus tout ce qui paraissait simple dans les pays voisins, meme en Inde, etait en fait si complique. L'enfermement de la population, ses sourires tristes, son impuissance et sa gentillesse maladroite, n'ont fait qu'exacerber ce sentiment. Ce manque de liberte nous a profondement marque. C'etait la premiere fois que nous etions confrontes a cela.

Dans ce pays, le dollar est roi. Tout ce qui est chic et cher se paye en dollars. Le reste se paye en monnaie locale...mais pour se procurer de la monnaie locale, pas question de se pointer avec sa CB devant un distributeur automatique : le pays en compte 0! La encore, il faut des dollars. Pour avoir un taux de change correct, il faut avoir recours au marche noir. Illegal mais pas reprimende. Il "suffit" de marcher dans la rue, de tendre l'oreille, de negocier le taux de change, de suivre un intermediaire, de s'assoir dans une officine sombre ou un homme arrive avec des liasses de billets entourees d'un elastique ( 1 dollar = 1000 kyats), de compter, de verifier l'etat des billets et de tendre les coupures en dollars. Les dollars plies, abimes, ou dont le numero de serie commence par FC ne sont pas acceptes!  Peur de la fausse monnaie!
Nous nous sommes sentis dependants d'un systeme qui nous echappait voire qui nous prenait en otage.

Quelques salles internet proposent un acces. Il faut bien sur arriver lorsqu'il n'y a pas de coupure de courant ou etre avises que l'ordinateur peut s'eteindre a tout moment. La connexion est lente. Elle est surtout impossible vers certaines messageries genre hotmail. Le gouvernement controlant les systemes de communications, il faut passer par des serveurs detournes. Celui qu'utilisait le jeune homme responsable du cafe internet etait denomme "freedom". Le nom est evocateur de la situation. Mais cela ne marche pas systematiquement : hotmail.com n'a jamais pu etre consulte, hotmail.fr deux fois apres des dizaines de manipulations et une heure d'attente avant d'obtenir la connexion.
Sans internet pas d'ouverture sur le monde et impossible d'organiser son voyage sur place.

L'impression d'etre surveille etait presente tout au long de la journee. Tout le monde a l'air de vous avoir croise dans la journee, de savoir ou vous avez dormi, ou vous avez dejeune, ce que vous avez visiste.  Tout le monde, du simple chauffeur de cyclopousse au restaurateur, vous demande ou vous allez, d'ou vous venez, ce que vous faites. Volonte de s'ouvrir et de savoir? Surveillance? Nous ne le saurons jamais. Dans un des hotels, un membre du personnel rentrait dans notre chambre systematiquement des que nous la quittions, les objets changeaient de place. Comme si notre vie etait passee au peigne fin.
Un couple, rencontre au Lac Inle, nous disait que certaines zones etaient interdites aux etrangers et qu'un soir, alors qu'ils souhaitaient dormir dans une pension de village, ils avaient ete conduits poliment mais fermement dans une zone reservee aux touristes.

Difficile de profiter sereinement de la beaute d'un pays dans ces conditions meme si tout est fait pour seduire le touriste. 

Nous nous sommes sentis  a la fois relativement libres de mouvement et totalement prives de liberte.

La population,elle, est juste privee de liberte.

par Les bobos voyageurs ajouter un commentaire
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