Samedi 22 mars 2008

nayla.jpgNotre voyage en Inde commence de facon tres bobo puisque l'avion qui doit nous emmener d'Abu Dhabi a Delhi est plein : nous voyageons donc en business!

L'arrivée a Delhi est beaucoup plus hard! Nous avons beau etre prévenus, nous prenons la mesure de tout ce que nous avons pu entendre ou lire sur l'Inde : saleté, pauvreté, densité de la population! La ville ne nous séduit pas.
Apres la visite du Red Fort avec son ambiance paisible, de la mosquée ou nous devons payer sous pretexte que nous avons un appareil photo, des bazars bruyants et surpeuplés de la vieille ville, nous décidons de sauter dans un train pour Varanasi.
Nous passons donc notre deuxieme nuit en Inde dans un train...de luxe!

Apres 13 heures de voyage, nous arrivons a Varanasi, cité de Shiva, ville sainte au bord du Gange. Nous sommes fascinés par cet endroit qui, malgré une activité débordante est emprunte d'une incroyable spiritualité. Nous passons notre temps a nous promener sur les Ghats, succession de marches a ablution descendant jusqu'au fleuve; la plupart servent la vie quotidienne des habitants et des vaches : bain et lessive, les autres le Sacre : prieres et crémations. Nous nous sentons bien dans cette ville : nous nous balladons en cyclo pousse  et prenons nos quartiers dans un coffee shop végétarien et associatif : 'bread of life bakery". Dans cette ville ou l'alcool est prohibé, Romain a de la chance : notre coffee shop en sert a condition que la lumiere soit eteinte et que le verre soit entouré de sopalin!
Nous repartons apres 3 jours extremement appaisants et apres une merveilleuse rencontre avec Baboul.

Nous prenons le train de nuit vers Agra ou nous avons decide de nous arreter seulement quelques heures : le temps d'admirer le Taj Mahal. Nous sommes censes arriver a 6h ce qui doit nous permettre de vivre le sunrise sur le Taj. Nos 6 heures de retard (en plus des 12 heures de voyage dans des couchettes pourries) nous obligeront a admirer le palais de marbre blanc sous le soleil de midi! L'endroit n'en demeure pas moins magnifique.

Nous repartons dans la foulée vers Jaipur, cette fois en voiture : 328 kilometres que nous parcourons en 6 heures a cause de l'état pitoyable des routes et la présence d'animaux divers. Nous arrivons dans la ville rose en début de soirée et totalement lessivés.
Jaipur c'est la vieille ville avec ses bazars et son impressionnante succession d'échopes : tissus, fleurs, legumes, bracelets, epices, cerf-volants, pierres precieuses, outils... les couleurs sont incroables, allant du rose fushia des saris des femmes au bleu limpide des yeux du marchand d'épices;
c'est le Palais des Vents et sa facade rose criblée de fenetres octogonales ;
c'est le City Palace : palais dont au dela des cours principales, s'élevent les 7 étages du Chandra Mahal : la résidence du Maharaja.
Jaipur c'est aussi l'impressionant Palais fortifié d'Amber, jadis capitale de l'état de Jaipur. Ils sont forts ces Rajputs!
Jaipur c'est enfin 2,63 millions d'habitants et autant de klaxons a la minute, des rues ou se cottoient éléphants maquillés, chameaux décorés au henné tirant des carrioles, rickshaws, cyclo pousses, mendiants, chevaux blancs richement arnachés précédant les nombreuses processions célébrant des mariages.

Apres la capitale du Rajasthan, nous prenons le direction de Pushkar, haut lieu de pélerinage au bord d'un lac sacré a la lisiere du désert. On trouve a Pushkar l'unique temple dedié a Brahma... la légende raconte que Brahma voulait pratiquer une automortification, plus communément connu sous le nom de TS (tentative de suicide), pres du lac. Son épouse Savitri refusant de l'accompagner, il épousa une autre femme. Savitri, contrariée, fit alors le voeu que Brahma ne soit vénéré nul part ailleurs.
 
Le temple de Savitri se trouve lui aussi a Pushkar, au sommet d'une colline que nous avons atteint apres pres d'une heure d'intense grimpette. 
Pushkar est une étape confortable. La ville est plutot calme et notre hotel ,le "7th heaven", jouit d'une tres agréable terrasse ou nous prenons nos repas, passons du temps sur le net et lisons assis dans de confortables balancelles.

Apres 2 jours dans ce lieu sacré, nous partons vers Jaisalmer, cité dorée tronant au milieu d'un paysage désertique. La traversée du désert du Thar étant longue, nous décidons de faire une halte a Bikaner. De Bikaner, il n'y a vraiment pas grand chose a dire... Seul son fort est impressionnant. Sa visite nous occupera pendant une heure!
Jaisalmer abrite quant a elle une incroyable forteresse qui evoque un chateau de sable géant perche au sommet d'une colline. Nous sommes tres impressionnés par la beauté de cette ville,  ses ruelles étroites et ses nombreux haveli ouvragés.
Nous consacrons notre premiere matinée a Jaisalmer a la visite du superbe palais du Maharaja. L'apres-midi, nous filons pour un "camel ride" dans le desert du Thar : un désert de pierres et de dunes a une centaine de kilometres de la frontiere pakistanaise. Il est d'ailleurs parsemé d'eoliennes qui fournissent l'électricité pour la surveillance de la frontiere indo-pakistanaise. Nous goutons enfin au silence : c'est la premiere fois depuis notre arrivée en Inde et ca fait du bien! Apres un magnifique coucher de soleil, nous regagnons la ville.
Notre deuxieme jour est marqué par une succession de rencontres : un couple d'espagnols vivant a San Francisco, un écossais tenant un incroyable carnet de voyage illustré par de magnifiques aquarelles et surtout un improbable diner avec Julie et Julien, des amis de longue date, venus en Inde pour célebrer le mariage d'une de leurs amies. Nous avions prévus de repartir le lendemain mais nous décidons de rester un jour de plus dans cette jolie ville dans laquelle nous nous sentons si bien.
Pour notre dernier jour, nous retrouvons les Jul's dans leur "artist's hotel". Nous prenons notre petit dej sur un toit terrasse au son d'une lecon de castagnettes. Le prof est indien, l'éleve suisse allemand. C'est ensuite au tour de Julien de partager quelques accords de guitare avec l'indien et son jumbe. Nous visitons, ensuite, deux des sept temples Jains de Jaisalmer. Nous sommes impressionnés par le travail de sculpture effectué sur la pierre : de la dentelle taillée dans de la roche. Nous terminons notre séjour a Jaisalmer autour d'un chouette diner en compagnie des Jul's.
Jaisalmer nous laissera un doux souvenir malgré des nuits entrecoupées de 1000 bruits : une mobilette passe a minuit et 100 chiens aboient, des camions passent a 3 heures et testent leurs klaxons musicaux, un marché aux legumes s'installe au pied de notre hotel a 5 heures et la ville se reveille.

Nous quittons donc notre cité d'or pour nous rendre a Jodhpur. Le ville ne nous séduit pas d'emblée. Nous nous sentons agressés par un tourbillon de voitures et d'hommes, de polution et de saleté. Nous nous installons dans un haveli agé de plus de 500 ans situé dans la vieille ville, notre nuit nous coutera moins de 15 euros : un record pour des bobos! Nous nous réconcilions avec la ville et la nouriture indienne (avec laquelle nous commencons a avoir sérieusement du mal) en allant diner dans un joli restaurant au coeur d'un jardin tranquille eclairé de chandelles.
Apres une bonne nuit de sommeil, seulement perturbée par les aboiements de chiens combattants et les crachats d'un voyageurs visiblement dérangé par la polution , nous partons a l'assaut du fort de Jodhpur. En nous enfoncant dans la vielle ville et en prenant de la hauteur, nous comprenons pourquoi Jodhpur est surnommée la ville bleue. Le fort, appelé Meherangarh, est un véritable prodige architectural. La citadelle est perchée sur une colline haute de 125 metres et ses remparts vertigineux impressionnent. A l'intérieur, un orfevre semble avoir sculpté le palais. De cette citadelle, Rudyard Kipling, a dit qu'elle était l'oeuvre "d'anges et de géants". A la fin de notre visite, nous nous laissons conter notre avenir par Monsieur Sharma "well known astrologer and palmist". Nos lignes de vie, de coeur et d'argent ont révélé leurs secrets.
Apres un déjeuner tardif dans notre restaurant maintenant fétiche, nous visitons le sardar market (bazars de legumes, d'epices, d'etoffes et de bijoux) qui borde la tour de l'horloge.
Le soir, apres diner, alors que nous traversons la ville en rickshaw, nous sommes confrontés a un spectacle particulier : la rue s'est transformée en dortoir. Des hommes et des femmes dorment sur des couches blanches disposées devant les echoppes maintenant fermées. Tout cela parait tellement "organisé". Nous avons l'impression que chacun a mis son pyjama! Cette scene s'inscrit pleinement dans ce chaos organisé qui, pour nous, symbolise si bien l'Inde. C'est la premiere fois, depuis notre arrivée, que nous voyons des hommes et des femmes dormir dans la rue. Pourtant, cela existe dans toutes les villes indiennes. Nous étions-nous, jusque la, interdit de voir cette misere extreme allant bien au-dela de la pauvreté ambiante a laquelle nous sommes maintenant acclimatés?
Le rickshaw poursuit son chemin et s'enfonce a vive allure dans les ruelles de la vielle ville. Le monde est partout, les échoppes sont ici encore ouvertes a cette heure de la nuit et les klaxons ont encore de la voix. Soudain nous sommes contraints a l'arret. Un cortege célébrant un mariage avance a contresens et ajoute un peu plus de désordre a ces rues déja bondées. Une fanfare de musiciens donne le rythme. Les hommes dansent avec frénésie. Les femmes suivent sous leur sari multicolore. Le marié, assis sur un cheval blanc, croule sous les guirlandes de fleurs oranges. Les enfants encadrent ce dernier en portant a bout de bras des candélabres. Cette scene apporte un brin de gaité.

Le lendemain, nous prenons la route direction Ranakpur et son temple Jains. Ce monument de marbre blanc impressionne par ses dimensions : 29 salles soutenues par 1444 colonnes, toutes différentes. Nous retrouvons la meme subtilité architecturale qu'a Jaisalmer.

Nous décidons de poursuivre notre chemin pour passer la nuit a Udaipur. La route passe par la montagne, des plaines seches et arrides et des étendues vertes au pied de quelques cours d'eau. Des femmes lavent leur linge au bord d'une riviere. Le paysage, moins désertique que tous ceux que nous avons traversés jusqu'a maintenant, nous enchante.
Udaipur est surnommée la Venise Orientale. Des batiments blancs et des ghats bordent le lac Pichola au milieu duquel flotte le Palais du Lac, construit par un Maharaja et devenu depuis un hotel luxueux. Le lac est entouré par les Monts Aravalli. Une parfaite carte postale.
Aprés un diner a la chandelle sur un toit surplombant le lac, nous retrouvons les Jul's épuisés par une longue journée de voyage. Nous buvons un verre sur le toit du Wonderview (notre hotel dont "des travaux d'envergure ont fait des miracles). : trop chouette de retrouver nos amis!
En vrac, pendant ces quelques jours a Udaipur, nous avons : fait du pédalo sur le lac crado, visité le City Palace et le Jagdish Temple, pris des photos kitchissimes dans le Saheliyon-Ki-Bary Garden, mangé des apple crumble a l'Edelweiss (café renommé), acheté des autocollants de Ganesh, mis notre linge dans une laundry pourrie en ayant fait promettre que la lessive ne se faisait pas dans le lac crado, brave la montagne en Rickshaw pour admirer le coucher de soleil au pied du Palais de la Mousson, fait de la moto a trois (nous 2+un tailleur) pour aller acheter du tissu et faire copier de jolis pantalons, profité de nos amis, detraqué la configuration du blog, visité une école de dessins miniatures et passé a ses artistes une commande spéciale, acheté du dentifrice aryuvédique (nous attendons de voir si les plantes nous donnent des dents de Schreck), fait de l'Udai Kothi et de son joli toit eclaire par des chandelles notre delicieuse cantine... a la paisible!

Depart vers Bombay, notre derniere etape en Inde. Leila et Greg, des amis des Jul's, nous attendent a Bandra, quartier bobo et bollywood au nord de la ville.
A l'aeroport, tout semble etrangement simple : le responsable du guichet touristique nous indique que des taxis sont gares a la sortie et qu'aller a Bandra coute 200 roupies. En effet, il y a une nuee de taxis de toutes les couleurs... mais lesquels sont officiels? Officiels ou pas, aucun ne bougera pour moins de 500 roupies! Nous sautons finalement dans un rickshaw qui file sur une autoroute bordee de bidonvilles. C'est la premiere fois que nous en voyons. Petite soiree tres epicee entre francais...
Nous passons notre derniere journee indienne a Colaba, quartier chic au sud de Bombay. Le chaos est toujours present. Derriere le plus bel hotel de la ville, des gens crevent de faim. Le temps nous maque pour aller a Malabar Hill, cite pour le moins fascinante : les parsis deposent les corps de leurs morts au sommet des Tours de Silence ou ils sont devores par des vautours.
Nous retrouvons nos expats pour un dernier diner; merci a tous pour votre gentillesse et a toi Jerome pour nous avoir accueillis dans ton 4 etoiles++.
La nuit est courte : depart a 2 heures pour l'aeroport. La ville est a moitie endormie sous une brume (tres) matinale. Les chiens dorment encore au milieu de la route. Des hommes font les poubelles a la recherche de materiaux recyclables. Des filles tapinent. La nuit, la ville est inquietante.
L'aeroport de Bomaby se limite a sa plus simple expression. On y retrouve juste le vendeur ambulant de Chai qui sillonne les allees avec son "trolley tune". Dans la salle d'embarquement, des lits ont remplaces des fauteuils.
L'Inde nous surprendra toujours...

 

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Mardi 19 février 2008

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Cher Guillaume,

Tu nous a confie une mission. Il y a quelques annees, tu as fait un voyage en Inde au cours duquel tu as rencontre Baboul, un indien de Varanasi. Tu as ete intrigue par les droles d'exercices qu'il faisait tous les matins, dans un temple a ciel ouvert qui surplombait un Ghat. Baboul est devenu ton ami, ainsi tu as pu le photographier en toute liberte en lui faisant la promesse de lui faire parvenir un jour son portrait.
C'est cette mission que tu nous donc a confiee : retrouver Baboul sur Rana Ghat et lui remettre son cadeau.

En arrivant a Varanasi, nous glissons le portrait de Baboul dans notre sac et partons flaner sur les rives du Gange. Nous faisons l'objet d'innombrables sollicitations : cartes postales ou location de bateau. Nous les declinons toutes sauf une : une homme nous propose de nous initier au yoga. Nayla saute sur l'occasion, l'homme, l'air sage, nous inspire confiance. Nous le suivons a travers un dedale de ruelles et arrivons sur le toit de sa maison. Il nous propose de venir le rejoindre le lendemain matin pour notre premier cours. Nous declinons l'offre car nous devons retrouver Baboul, ce que nous lui indiquons. Il sourit a la vue de la photo, il connait Baboul, c'est un ami d'enfance avec lequel il joue souvent aux echecs. Il nous conduit a l'endroit ou nous pouvons trouver Baboul...Panday Ghat et non Rana Ghat... Baboul n'est pas la mais le vieux sage interpelle un groupe de jeunes qui nous indiquent qu'il sera la le lendemain matin.

Nous revenons le lendemain mais trop tard. Baboul nous a pourtant attendu, intrigue par la visite de 2 francais. Un des jeunes nous conduit a la maison de Baboul ou nous rencontrons sa femme mais Baboul est absent. Nous demandons au jeune de prevenir Baboul que nous serons de nouveau au Ghat le lendemain a 10h30.

Ce matin, nous sautons dans un cyclo pousse qui nous conduit au Ghat. Baboul n'est pas la, nous sommes impatients. Quelques minutes plus tard, le jeune  nous indique par un signe que Baboul arrive. En effet, nous le voyons arriver torse nu, souriant et visiblement lui aussi impatient.
Nous lui parlons de toi, de tes photos, il se souvient parfaitement. Nous lui tendons la photo, il la regarde, emu, il nous invite au temple pour boire un chai et discuter... le moment est magique.

Ses compagnons d'entrainement arrivent. Il leur montre la photo... ils sont admiratifs!

Baboul descent se baigner dans le Gange et commence ses exercices, nous le regardons avec une vive emotion. Cette rencontre est d'une grande intensite.
Nous devons malheureusement partir, nous le quittons a regret. L'au revoir est extremement emouvant pour nous 3.

Merci Guillaume de nous avoir permis au travers de cette photo de vivre ces  instants si forts a Varanasi...

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