La perception du photographe par la population est différente dans chaque pays du
monde.
L'objectif peut être matière à amusement voire à coqueterie. On en joue et on en
rit.
Il peut aussi déranger, agacer. On se cache ou on l'interdit.
Nous avons vécu ces deux extrêmes en voyageant dans le monde.
En inde, il n'est pas rare que des enfants, des hommes, des familles, plus rarement des
femmes seules, se précipitent vers vous et vous encercle. Ils demandent d'être pris en photo avec leur appareil. Ils vous invitent souvent à venir vous associer à la photo de famille. Ils sont
fiers de poser avec des étrangers. Comme pour montrer ou laisser croire qu'ils ont fait une émouvante rencontre. Nous nous sommes prêtés de bon coeur à leur gentil
manège.
Parfois, ils n'ont pas d'appareil. Voulant garder un souvenir de leur périple ou de leur
visite à un fort, un temple, ils vous demandent que vous les preniez en photo avec votre appareil. Ils vous demandent avec un sourire appuyé de leur envoyer un exemplaire du cliché. Impossible de
refuser ! Vous vous retrouvez alors à noter une improbable adresse postale ou mail. Vous quittez tous vos "nouveaux amis" en leur promettant de ne pas les oublier et de leur adresser la photo
tant convoitée.
Malgré toute cette ferveur, nous n'avons jamais cessé de leur demander la permission de les
prendre en photo. Il s'agissait pour nous d'une question de respect. La réponse était toujours oui ! Alors nous leur montrions leur portrait sur l'écran de l'appareil numérique. Ce court mais
intense échange nous a permis de communiquer plus facilement avec eux.
En Birmanie, l'objectif est un intrus. Pas partout cependant. Seulement lorsque vous
souhaitez prendre des photos qui dérangent comme celles qui témoignent de l'asservissement de la population à des travaux forcés. Une main venue de nulle part barre la vue. Un homme vous indique
fermement qu'il est temps de reprendre votre chemin. Il est indispensable de ne pas insister, pour votre sécurité.
En Bolivie, aucune femme, aucun homme ne nous a donné la permission de les prendre en photo.
Quand vous tentez de voler une photo, ils se cachent ou gesticulent avec véhémence. L'explication est simple : ils ont peur que vous leur voliez leur âme en les prenant en
photo.
Mais la photo est aussi un moyen de subsistance pour les populations les plus pauvres.
Certains sujets ou des enfants incités par leur parents n'hésitent pas à vous demander quelques pièces. en échange d'une pose. Nous avons toujours refusé.
D'autres touristes sont beaucoup moins scrupuleux, peut être inconscients de leur geste
qu'ils croient isolé et sans conséquence sur l'avenir de ces enfants et de l'importance que la photographie de voyage demeure un mode d'expression qui ne se monnaye pas. Peut être est-ce
seulement par égoïsme ou stupidité ?